Le Salam, une vente payée d’avance
Le Salam est l’une des rares exceptions que le droit musulman admet à l’interdiction de vendre ce que l’on ne possède pas encore. La tradition le rattache à l’époque où les cultivateurs de Médine vendaient leurs dattes un ou deux ans avant la cueillette ; le Prophète l’a autorisé à condition que la quantité, la mesure et l’échéance soient connues. Ce cadre ancien correspond encore très bien au besoin d’un exploitant algérien qui doit dépenser en automne pour une récolte de juin.
Juridiquement, il ne s’agit pas d’un prêt. La banque achète une marchandise et paie l’intégralité du prix à la signature. L’agriculteur, devenu vendeur, s’engage à livrer cette marchandise à la date convenue. Il ne rembourse donc pas de l’argent : il s’acquitte en blé, en orge, en dattes ou en pommes de terre.
Les conditions de validité d’un Salam agricole
Une marchandise décrite, pas un champ précis
La marchandise doit être définie par son genre, sa variété, sa qualité et sa quantité : par exemple tant de quintaux de blé dur de telle qualité commerciale. Elle ne doit pas être rattachée à la production d’une parcelle déterminée, car si cette parcelle était sinistrée, la livraison deviendrait impossible et le contrat reposerait sur un aléa interdit (gharar). L’agriculteur s’engage sur une quantité qu’il peut, au besoin, se procurer ailleurs pour honorer sa livraison.
Un prix versé intégralement au départ
Le prix doit être payé en totalité lors de la conclusion du contrat, ou dans un délai très court selon les écoles. Un paiement échelonné transformerait l’opération en vente d’une dette contre une dette, ce que le Salam ne permet pas.
Une date et un lieu de livraison fixés
Le contrat mentionne la date ou la période de livraison et le lieu : magasin de la coopérative, silo, entrepôt de l’acheteur. Les frais de transport jusqu’à ce lieu doivent être attribués clairement à l’une des parties.
Comment une banque met en œuvre le Salam en Algérie
Adopté en 2020 par la Banque d’Algérie, le règlement 20-02 a donné un cadre aux opérations de finance islamique et cite le Salam parmi elles. Chaque produit doit obtenir l’avis conforme de l’autorité nationale de fatwa compétente en finance islamique, instituée auprès du Haut Conseil islamique, puis être validé par le comité de surveillance charia interne. Al Salam Bank et les fenêtres islamiques de banques publiques comme la BNA ou le CPA (qui propose aussi des financements via e-Tamwil) communiquent sur une gamme conforme à la charia ; la BADR, banque historique du monde agricole, a également ouvert une fenêtre islamique. Le Salam agricole reste néanmoins moins diffusé que la mourabaha : il faut demander explicitement à l’agence s’il est commercialisé pour la filière visée.
Le Salam parallèle
Une banque n’a pas vocation à stocker des céréales. Elle conclut donc souvent un second contrat Salam, dit parallèle, dans lequel elle vend à un transformateur (semoulerie, minoterie, unité de conditionnement) une quantité identique, à livrer à la même échéance. Les deux contrats doivent rester juridiquement indépendants : si l’agriculteur ne livre pas, la banque reste tenue envers son propre acheteur. Une autre solution consiste à désigner l’agriculteur ou un tiers comme mandataire pour vendre la marchandise après livraison.
Les garanties
La banque peut demander une caution, un gage ou une hypothèque sur des biens de l’exploitant pour se couvrir contre un défaut de livraison. Elle peut aussi exiger que la récolte soit assurée auprès d’un assureur agricole comme la CNMA.
Exemple illustratif d’un Salam sur le blé dur
Exemple illustratif (prix et quantités fictifs, sans lien avec un barème officiel) : en octobre, un céréalier des Hautes Plaines conclut un Salam portant sur 300 quintaux de blé dur à livrer en juillet au silo d’une coopérative. Le prix convenu est de 5 000 DA le quintal, payé comptant : il reçoit 1 500 000 DA pour financer semences, engrais, gasoil et location de moissonneuse.
Le même jour, la banque vend en Salam parallèle 300 quintaux de même qualité à une semoulerie, au prix de 5 400 DA le quintal, soit 1 620 000 DA. Sa marge brute est de 120 000 DA, soit 8 % du montant engagé, avant frais et risque. En juillet, l’agriculteur livre ; la banque fait livrer la semoulerie. Si le cours du marché a monté entre-temps, l’agriculteur ne profite pas de la hausse ; s’il a baissé, il a été protégé. Le Salam fixe le prix, il transfère donc une partie du risque de marché.
Risques et précautions pour l’agriculteur
- Mauvaise récolte : la sécheresse ne dispense pas de livrer. Selon les écoles, l’acheteur peut accepter d’attendre la saison suivante ou annuler et récupérer uniquement le prix versé, sans supplément. Il faut lire la clause prévue.
- Volume trop ambitieux : s’engager sur une quantité proche du rendement moyen, et non du meilleur rendement, laisse une marge de sécurité.
- Qualité contestée : prévoir un mode de contrôle (taux d’humidité, impuretés) et un arbitre en cas de désaccord.
- Pénalités de retard : lorsqu’elles existent, elles sont en principe reversées à des œuvres caritatives et non conservées par la banque.
Les pièces habituellement demandées sont l’acte de propriété ou le contrat de concession de la terre, la carte professionnelle remise par la chambre d’agriculture de wilaya, l’attestation de la direction des services agricoles, les relevés de production des campagnes précédentes et une attestation d’assurance.
Salam ou crédit agricole classique : que choisir ?
Le Salam convient aux productions standardisées et faciles à revendre : céréales, légumes secs, pomme de terre de consommation, dattes de variétés courantes. Il se prête mal aux cultures très spécifiques ou à l’élevage, où la description précise de la marchandise est plus délicate. Pour un oasien de Biskra ou un producteur de pomme de terre d’El Oued, il peut constituer une alternative intéressante au crédit de campagne ; le contexte agricole de ces wilayas est présenté sur nos pages crédit à Biskra et crédit à El Oued.
Les exploitants qui ne cherchent pas une solution conforme à la charia peuvent comparer avec les crédits de campagne et d’investissement bonifiés distribués par la BADR, décrits dans notre guide du crédit agricole pour exploitation. Pour du matériel (tracteur, système d’irrigation), l’Ijara est plus adaptée que le Salam, et pour un hangar ou une chambre froide à construire, c’est l’Istisna’a qu’il faut étudier ; l’ensemble des contrats est comparé sur notre page prêt islamique en Algérie.
Questions fréquentes
Quelle différence entre un Salam et un crédit de campagne ?
Le crédit de campagne est un prêt d’argent que l’agriculteur rembourse avec intérêts ou bonification après la récolte. Dans le Salam, il n’y a pas de prêt : la banque achète la récolte future et paie tout de suite, puis l’agriculteur livre la marchandise à l’échéance. Le prix étant fixé à l’avance, l’exploitant ne profite pas d’une hausse des cours mais se protège d’une baisse.
Que se passe-t-il si la récolte est mauvaise ?
L’agriculteur reste tenu de livrer la quantité convenue, éventuellement en l’achetant ailleurs, car le contrat ne porte pas sur une parcelle précise. Si c’est impossible, l’acheteur peut accepter de patienter jusqu’à la campagne suivante ou annuler le contrat et récupérer uniquement le prix versé. Une assurance récolte et un volume engagé prudent limitent fortement ce risque.
Quelles banques proposent le Salam en Algérie ?
Le Salam figure parmi les opérations encadrées par la réglementation bancaire de 2020 sur la finance islamique. Al Salam Bank, Al Baraka ainsi que les guichets islamiques de banques publiques comme la BNA, le CPA ou la BADR proposent des gammes conformes à la charia, mais le Salam agricole n’est pas systématiquement commercialisé. Il faut demander à l’agence si le produit est ouvert pour votre filière.
Peut-on faire un Salam sur des dattes ou de l’huile d’olive ?
Oui, si la marchandise peut être décrite de façon précise et se trouve couramment sur le marché à l’échéance : variété, calibre, qualité, quantité et conditionnement. Les dattes Deglet Nour ou l’huile d’olive d’une catégorie définie s’y prêtent. Le contrat doit éviter de viser la production d’une palmeraie ou d’une oliveraie déterminée, pour ne pas dépendre d’un seul terrain.
Offres et outils officiels à comparer
Pour salam pour financement agricole en algérie, les offres et outils cités dans cette section doivent être lus produit par produit : l’éligibilité, la durée, le coût et les garanties ne se déduisent pas d’un simple nom de banque.
| Banque / outil | Éléments publiés | Lien officiel |
|---|---|---|
| Al Salam Bank Algeria | financements conformes à la charia pour particuliers et professionnels | Consulter |
| Al Salam – financement véhicule | vente à tempérament/financement automobile conforme à la charia | Consulter |
| CPA – e-Tamwil islamique | Mourabaha, Ijara et financements islamiques accessibles via e-Tamwil | Consulter |
| Banque d’Algérie – règlement 2020-02 | cadre des opérations de banque relevant de la finance islamique | Consulter |
| BNA – finance islamique | gamme de financements islamiques de la banque | Consulter |
Organismes de prêt à consulter
CPA — Tabrid (chambres froides)Banque publique agréée par la Banque d'Algérie — Financement à 90 % (150 M DA max, 10 ans) de chambres froides de 300 à 5 000 m³, taux bonifié à 100 %.BNA — Crédit Pêche et AquacultureBanque publique agréée par la Banque d'Algérie — Crédit d'exploitation jusqu'à 150 M DA et crédit d'investissement sur 15 ans pour la pêche et l'aquaculture.BEA — SalamBanque publique dotée d'une fenêtre de finance islamique — Avance Salam de 3 à 12 mois pour financer des cycles de production agricole ou industrielle.Al Baraka — Ijara entreprisesBanque islamique agréée par la Banque d'Algérie — Location d'équipements conforme à la charia (Ijara) pour les entreprises clientes d'Al Baraka.Liste indicative : Algerie-Credit.com n’est lié à aucun de ces organismes et n’accorde pas de crédit. Vérifiez les conditions à jour auprès de l’établissement.

